édition du 12 février 2019

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états-Unis

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Quiconque s’attendait à ce qu’Alexandria Ocasio-Cortez ne soit plus sous les feux de la rampe après son assermentation a d? être dé?u la semaine dernière.

Ben Beckett, jacobinmag.com, janvier 2019
Traduction : Alexandra Cyr

D’abord, après une dispute très publique, elle a été une des trois seules Démocrates de la Chambre (des représentants) à voter contre les règles établies par la nouvelle Présidente de la Chambre, Mme Pelosi. Le principal point d’achoppement portait sur « PAYGO ». Cette disposition oblige à déposer plusieurs propositions de législations qui, en impliquant des dépenses, doivent être compensées par des coupes équivalentes dans d’autres programmes.

Cette disposition pourrait mettre à mal les priorités de la gauche, telles Medicare pour tous et toutes, le « New Deal vert » en empêchant que les projets de lois qui en découlent ne puissent être mis au vote dans la Chambre, malgré la majorité démocrate, ce qui lui permettrait d’éviter d’en débattre.

Comme l’explique M. RoKhanna sur « Teewtter », « PAYGO » n’est pas qu’une disposition de mauvaise politique c’est aussi une man?uvre politique sinistre pour affaiblir tout progrès sur l’élargissement de l’assurance santé et d’autres projets de loi ». Et Mme Ocasio-Cortez réagit par le même moyen : « Nous n’allons pas nous arrêter dès le point de départ ».

Mais, au bout du compte, pratiquement la totalité du caucus démocrate a voté pour cette disposition, dont presque tous les membres du Caucus progressiste du Congrès et Mme Rashida Tlaib, l’autre élue qui se présente comme socialiste à la Chambre.

Après un bizarre épisode où des conservateurs.trices ont attaqué Mme Ocasio-Cotez pour avoir dansé dans une vidéo durant ses années de collège et s’y être présentée sous le sobriquet de « Sandy », elle a fait aussi les manchettes pour avoir proposé un taux d’imposition de 70 % sur les plus hauts revenus dans une entrevue à 60 Minutes sur CBS. Même si la plupart de médias ont qualifié cette proposition de radicale, dans les faits, les états-Unis ont pratiqué cette imposition pendant la majeure partie de son histoire et d’autres pays d’économie avancée le font actuellement.

Aux états-Unis, le taux actuel est de 35 % pour les revenus de 500,000 $ et plus par année. Une augmentation aussi forte que le double serait un pas majeur pour le financement de réformes comme Medicare pour tous et toutes, dont le pays a désespérément besoin. Au cours de cette entrevue, Mme. Ocasio-Cortez a réfuté l’idée répandue que ce genre de programme co?te trop cher. à Anderson Cooper qui l’a interviewée à propos du financement du « New Deal vert », elle a répondu : « Personne ne se demande comment nous allons financer les forces spéciales de l’espace ni non plus comment nous allons payer pour les 2 mille milliards de dollars de coupes (adoptées lors du dernier budget n.d.t.) Ces questions ne viennent que pour des enjeux de logement, de soins de santé et d’éducation ».

Mais, en faisant adopter « PAYGO » presque sans opposition, la direction démocrate a réussi à affaiblir considérablement la proposition de Mme Ocasio-Cortez pour un comité radical sur le « New Deal vert » au Congrès. De plus, ce leadership a plut?t créé un nouveau comité plus modéré et s?rement moins efficace. On peut difficilement penser que la Chambre serait d’accord pour augmenter quelque taxe que ce soit, surtout pas une de 70 % sur les plus hauts revenus. Si elle perd des batailles majeures comme celles-là, comment se fait-il qu’elle soit dans tous les bulletins de nouvelles ?

Politiquement, elle n’a rien de commun avec Donald Trump. Mais, d’une certaine manière, la réception que lui a réservé son propre parti et les médias ressemble au traitement que D. Trump a re?u après l’élection de 2016. Les médias et les majorités de chacun des Partis ont tenté de le discréditer en disant qu’il ne faisait pas partie de l’élite. Grosso-modo, c’est ce qui se passe avec Mme Ocasio-Cortez, mais pour des raisons différentes. Les deux protagonistes ont re?u une attention disproportionnée de la part des médias, même avant leurs succès électoraux, précisément à cause de leur caractère non traditionnel.

Un peu moins de 30 % des Américains.es ont déclaré avoir confiance dans la plupart des institutions du pays, mais en 2018, seulement 11 % de ceux-ci disent avoir confiance dans le Congrès. Il semble que se dire en désaccord avec l’élite du centre-droit rend les politiciens.es plus populaires, et non l’inverse.

Comme le dernier membre radical de New-York au Congrès, M. Vito Marcantonio, Mme A. Ocasio-Cortez s’est appuyée sur l’attention qu’elle soulève pour mettre de l’avant des enjeux considérés comme tabous, et ce, dans des mots simples et élégants. Chaque fois qu’elle fait ce genre de proposition, elle soulève l’indignation de la droite et la fureur habituelle de la part des libéraux.ales et des centristes. Cela crée un nouveau cycle d’intérêt de la part des médias qu’elle utilise pour encore augmenter la pression ou introduire de nouvelles propositions. Elle peut ainsi dessiner les contours du débat jusqu’à un point impressionnant, même si elle n’a pas de véritable pouvoir au Congrès.

Comme le disait récemment Corey Robin, (professeur de science politique au Brooklin College), à cette étape de l’histoire, la plus importante priorité de la gauche : « pas seulement pour les deux prochaines années, mais pour les deux prochaines décennies, est de changer le contenu de la politique ; de faire pression en faveur de notre idéologie, nos politiques et nos programmes ».

Pour le moment, il est bien plus important que Mme A. Ocasio-Cotez poursuive son r?le d’agitatrice et de transformatrice, bien plus que quoi que ce soit d’autre.

Reste la question de savoir si elle finira par faire quelques concessions devant les centristes qui contr?lent le Parti démocrate et devant ses amis.es des médias nationaux ; cela serait bien plus facile pour elle, personnellement.

Pour le moment, elle joue le r?le de l’opposition de gauche. Quand M. A. Cooper l’interroge sur sa décision de soutenir les protestataires qui occupaient le bureau de Mme Pelosi, fin 2018, elle lui répond : « J’étais si nerveuse. Mais, (…) je me suis accrochée à l’idée que cette bataille n’était pas fautive ».

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